VILLOTTE - Le Pâtis

Résorption d’une friche d’activités et respect de la biodiversité

VILLOTTE – Le Pâtis

VILLOTTE – Le Pâtis

En ce mois d’avril 2026, les travaux de déconstruction et de gestion de la pollution conduits par l’EPFGE viennent de s’achever sur l’ancienne fabrique de meubles dite du « Pâtis » à Villotte. Après une longue procédure d’abandon manifeste initiée par la commune, le village pourra ainsi être revalorisé au travers de logements neufs et de mesures dédiées à la biodiversité.

A l’ouest des Vosges, non loin de la Meuse et de la Haute-Marne, Villotte est un village qui compte actuellement une centaine d’habitants. A la fin des années 1970, l’usine de construction de fauteuils et canapés dite « le Pâtis » y occupe non loin de 150 ouvriers lorsque l’entreprise fait faillite. Les bâtiments sont ensuite utilisés comme lieux de stockage puis progressivement laissés à l’abandon.

En mars 2015, la commune se rapproche de l’Établissement Public Foncier de Lorraine (devenu de Grand Est en 2020) pour des études préalables sur les pollutions du site du Pâtis, en parallèle d’une étude de faisabilité d’un projet de logements. La commune avait fait la demande de classer le site en Zone d’Aménagement Différée par arrêté préfectoral, classement devenu effectif en 2007, et a pris un arrêté d’abandon manifeste en 2010. Les études menées sous maîtrise d’ouvrage de l’EPFGE s’achèvent en 2016. Une convention confiant l’acquisition foncière du site à l’établissement public est signée avec la commune en novembre de la même année.

L’ensemble des surfaces artificialisées de l’ancienne usine du Pâtis est voué à être déconstruit. A la place, la commune souhaite créer cinq parcelles à bâtir pour du logement individuel et un parc d’environ 1 400 m2 dédié à la biodiversité. Une seconde procédure d’abandon manifeste engagée par la commune aboutit en juin 2021. L’acquisition par l’EPFGE s’est déroulée par voie d’expropriation et l’arrêté de DUP et de cessibilité a été pris en mars 2022. L’ordonnance d’expropriation, portant transfert de propriété au profit de l’EPFGE, a été obtenue en janvier 2023. Le jugement fixant l’indemnisation a été rendu en août 2023. Sans réponse des héritiers, la somme a été consignée.

Les travaux de déconstruction et de gestion des pollutions ont ainsi pu démarrer fin 2025. Les matériaux de démolition ont été en partie concassés sur place pour combler les fosses de dépollution et les fondations. Les terres polluées et les cuves ont été évacuées en centres de traitement spécialisé. Une autre partie des matériaux, ferraille, concassé, bois de chauffage, a été revalorisée par l’entreprise et enfin, le reste a été réutilisé pour l’abri à chiroptères.

De l’audit « faune flore » à l’abri à chiroptères

L’audit « faune flore » réalisé en 2015-2016 sous maîtrise d’ouvrage de l’EPF est relancé en 2023 avec le prestataire BIOTOPE. Les observations des lézards, hirondelles, rougequeues, chouette effraie et chiroptères se poursuivent en 2024 et 2025. La demande (complétée) de dérogation relative aux espèces protégées auprès des services de la DREAL est transmise en mai 2025 et l’arrêté préfectoral est délivré en septembre. En avril 2024, une équipe de maîtrise d’œuvre avait été retenue par l’EPFGE pour les travaux de curage, désamiantage, déconstruction et gestion de la pollution. L’organisation du chantier et le planning des travaux sont conçus de façon à perturber le moins possible les espèces protégées : une quarantaine de nids, nichoirs et gites sont installés au sein de la commune, un nichoir est aménagé pour la chouette effraie sur un bâtiment communal et un abri à chiroptères est fabriqué à proximité du site du Pâtis.

Dix-huit espèces de chauves-souris ont été référencées dans les bâtiments en ruine. Pour répondre à l’obligation de compensation écologique, la commune et l’EPFGE ont entrepris de recréer un lieu pour qu’elles puissent nicher lors de la période de transit estival. De l’autre côté de la rue de l’ancienne usine, un abri à chiroptères a ainsi été construit en février et mars 2026. D’autres espèces telles que les hirondelles et rougequeues pourront également s’y réfugier. Sur les deux faces les mieux orientées de cet abri, des hôtels à insectes faits de matériaux de récupération (tubes en terre cuite, morceaux de bois, écorces, petit bois, paille) ont été aménagés. Certains matériaux utilisés proviennent directement de la friche, tous les autres d’un périmètre de 15 km autour de Villotte. La construction a été réalisée par l’entreprise Des racines et des liens, le menuisier Alexandre Hubert, et avec la participation de jeunes de la mission locale de la plaine des Vosges. Son inauguration est prévue le 30 mai 2026.

JLMuniere

Jean-Luc MUNIÈRE

Maire de Villotte

« Au milieu du XXème siècle, ce site représentait le volet économique de la commune. Beaucoup de familles travaillaient dans cette usine ou d’autres ont emménagé à Villotte pour y travailler. Dans les années 1970, un projet de logement collectif avait été pensé par le conseil municipal de l’époque. Le déclin de l’activité, après deux faillites, a conduit à la fin du passé industriel de la commune. La dégradation des bâtiments abandonnés apportait un regard triste sur cette partie du village. Malgré différents aménagements réalisés sur le territoire communal, cette friche industrielle faisait « tache » dans le paysage.

Le conseil municipal, dès 2005, s’est engagé sur une réflexion pour aménager ce secteur devenu insalubre et qui n’offrait plus la sécurité. Après plusieurs démarches d’urbanisme auprès des services de l’État, la commune s’est orientée vers l’Établissement Public Foncier de Lorraine (devenue EPFGE par la suite) pour l’aider dans sa réflexion d’aménagement.

L’Établissement Public a permis une réflexion beaucoup plus précise sur ce projet, en particulier sur les obligations environnementales que ce soit sur la pollution du site ou la présence d’amiante dans ces anciennes constructions. L’étude de réhabilitation de cette friche, financée à 80% par l’Établissement Public, a permis au conseil municipal de se déterminer sur l’utilisation de cet espace libéré. La mise à disposition de terrain constructible sur la commune, dans le secteur urbanisé, démontrait bien l’intérêt public de ce projet. L’acquisition de cette parcelle par l’Établissement Public a permis à la commune de ne pas se préoccuper de toutes les procédures administratives et juridiques d’expropriation. Il y a eu une très bonne collaboration à la préparation et aux suivis des travaux de déconstruction et de dépollution, mené sous la maîtrise d’ouvrage de l’Établissement Public. De même, j’ai apprécié le travail collectif pour la mise en place des mesures compensatrices exigées par les services de l’État, une autorisation pour la déconstruction des bâtiments était nécessaire au vu de la présence d’espèces animales protégées.

La viabilisation de ces parcelles constructibles avec un aménagement paysagé et adapté à notre environnement très nature va permettre l’accueil de nouvelles familles à Villotte. Avec le label « village d’avenir » qui nous permet une aide en ingénierie par les services de l’État, le conseil municipal travaille sur une réflexion d’amélioration de son espace communal et ceci en harmonisation avec le site du Pâtis. L’objectif d’une petite commune est de réussir l’attractivité de son territoire aussi bien par les services à la population, l’animation culturelle et sociale que par la qualité de son environnement proche. La commune peut espérer, grâce à ce projet, suivre cet objectif et maintenir une population intéressée à sa qualité de vie communale ».

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